Cinq vs trois !

– mardi 28 novembre

La majorité des Etats de l’UE a finalement autorisé les agriculteurs et entreprises agroalimentaires européennes à utiliser le glyphosate comme désherbant pendant encore cinq ans.

Trois choses étaient en jeu dans ces négociations : la santé des gens, la capacité des agriculteurs et des industries agro-alimentaires à remplacer rapidement ce désherbant par un autre, moins dangereux pour la planète et pour l’homme, ou à s’orienter vers d’autres modes de désherbage ou de culture, et le maintien de l’herbicide le plus vendu au monde par des entreprises qui gagnent beaucoup d’argent en le vendant d’un bout à l’autre de la planète.

Après des mois de discussions, la France tout comme la Belgique, l’Italie et six autres pays, a voté contre les cinq ans proposés par la Commission. Mais à part le Portugal qui s’est abstenu, les autres états ont voté pour. Aussi c’est l’autorisation de cinq ans qui a été donnée par la Commission européenne.

D’abord on se souvient que la loi européenne sur la protection du consommateur prévoit, en application du principe de précaution, que tout pesticide classé « cancérogène probable » soit retiré du marché.

Ensuite on comprend que c’est la Commission qui fait appliquer cette loi et donc que c’est elle qui donne l’autorisation ou non d’utiliser ce produit dans les champs de l’Union européenne.

Pour se prononcer, la Commission a organisé un comité d’experts où tous les pays étaient représentés. Il fallait à ce comité une majorité qualifiée de pays représentant au moins 65% de la population pour que sa proposition soit acceptée. Si cette majorité qualifiée n’avait pas été atteinte, la Commission aurait tranché et imposé la règle de son propre chef.

Comme les consommateurs européens lui ont fait savoir qu’ils n’avaient pas confiance dans ce produit qu’ils jugent dangereux, la Commission a proposé de passer d’une autorisation de dix ans à une période de cinq ans. Mais comme des lobbys de fabricants et d’agriculteurs  ont fait pression pour maintenir le produit, la Commission n’est pas descendue en dessous de cinq ans dans sa proposition soumise au vote des Etats-membres.

Enfin, on constate aussi qu’une fois que l’Union européenne a pris une décision par le vote des Etats qui la composent, chacun de ces Etats doit au minimum appliquer cette décision. Au minimum, cela veut dire qu’il peut faire pour ses citoyens encore mieux que la loi européenne. C’est le cas de la France, qui a déclaré que sa politique est d’interdire le glyphosate d’ici à trois ans.

Seulement, la France peut-elle vraiment faire interdire le glyphosate d’ici à trois ans alors que le produit pourra être utilisé ailleurs en Europe ? Sur le principe, c’est effectivement possible et prévu dans la relation qu’un Etat instaure avec l’UE du moment que l’Etat respecte au minimum la loi européenne. C’est même déjà le cas pour d’autres substances chimiques. Souvenez-vous par exemple du bisphénol A.

Certains pensent que si la France interdit le glyphosate dans trois ans, les agriculteurs français pourraient connaître plus de difficultés que les autres agriculteurs européens qui eux seront plus efficaces en utilisant dans leurs champs un produit qui tue les mauvaises herbes plus vite. D’autres prévoient plutôt que si ces agriculteurs français sont aidés par le gouvernement français pour trouver d’ici à trois ans d’autres produits ou modes de désherbage, alors ce sont peut être au contraire eux qui seront en avance sur les autres agriculteurs européens et qui réussiront à exporter leurs produits puisque ceux-ci seront plus sains…

Suivons ça de près…

 

Actualité suivante
Les prochaines élections

Actualité précédente
Quoi de neuf pendant les vacances?


Voir les autres actus de l’UE